La carte officielle des dépôts meubles de l'île de Montréal ne parle pas de « secteurs argileux » : elle nomme ses unités. Celle qui est décrite comme « argile, limon : calcaire; par endroits avec des coquillages marins » y est désignée Argile Leda; celle décrite comme « sable, gravier : généralement avec coquillages marins » porte le nom de Sable Saxicava. Les deux viennent de la même mer de Champlain et se comportent à l'opposé. Sur l'Argile Leda, l'eau ne s'infiltre pratiquement pas : elle chemine le long du mur de fondation et le drain doit l'évacuer sans jamais compter sur le sol pour l'absorber. Sur le Sable Saxicava, l'eau descend bien, mais le dépôt est aéré et ferrugineux — c'est le contexte type du colmatage par dépôt d'ocre. Un devis qui ne dit pas laquelle des deux unités se trouve sous la maison ne décrit pas le chantier. À titre de piste — et non de portrait à jour —, Alfred Jaouich, professeur en pédologie et géologie de l'environnement à l'UQAM, indiquait au Journal Métro en 2012 que l'argile marine est présente de façon plus importante dans le Plateau-Mont-Royal, Rosemont–La Petite-Patrie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et à Montréal-Est; il soulignait aussi qu'une bonne partie de la ville a été redéveloppée en construisant sur des remblais, ce qui nuit au ruissellement et à l'absorption de l'eau. Ces propos ont quatorze ans et doivent être confirmés terrain par terrain.
La même légende officielle distingue à Montréal bien davantage que de l'argile : des sables à coquillages d'eau douce, une marne et des argiles lacustres, de la tourbe et de la boue organique, plusieurs tills dont un till basal « sablonneux et limoneux dense » qui « contient des gros blocs », et un roc de « grès, schistes argileux, calcaire, dolomie ». Chacun change la méthode d'excavation, donc l'échéancier : le till dense à gros blocs et le roc appellent le marteau, tandis que la tourbe signale un ancien milieu humide comblé, donc un sol compressible où la semelle a pu bouger. La légende comporte aussi un symbole cartographique dédié, « Carrière, carrière abandonnée » : là où la carte marque une carrière comblée, on a affaire à un remblai d'épaisseur et de compacité inconnues. Le relief complète le tableau. La Ville rappelle que le sommet du mont Royal culmine à 233 m, celui d'Outremont à 215 m et celui de Westmount à 201 m, sur un cœur de roches magmatiques dures — un gabbro mélanocrate noir, ceinturé de cornéennes — et que les plateaux sommitaux présentent un sol peu profond. Sur ces flancs, la pelle rencontre le roc bien avant l'argile. Le lexique stratigraphique de Géologie Québec décrit par ailleurs le calcaire dolomitique dur de Beekmantown comme affleurant largement dans la partie ouest de l'île : un repère régional, à confirmer adresse par adresse.
Cette carte est gratuite et consultable en données ouvertes, mais la Ville l'accompagne d'une mise en garde qu'il faut répéter au propriétaire : « l'information à un point donné est le résultat d'une interprétation à partir d'un nombre limité de relevés ». Les relevés datent de 1951-1973, la carte des épaisseurs reflète l'état de 1975, la publication est de 1982 et aucune mise à jour n'est planifiée. Autrement dit, elle décrit le sol tel qu'il était avant l'urbanisation, sans les remblais, les excavations ni les infrastructures des cinquante dernières années : c'est une première hypothèse de terrain, jamais une garantie, et elle ne remplace pas une étude de sol. Sur le mécanisme des dommages, enfin, le Conseil national de recherches du Canada est explicite : les dépôts rétractables des vallées du Saint-Laurent et de l'Outaouais « contiennent peu ou pas de minéraux argileux gonflables », et les problèmes de fondations peu profondes causés par ces argiles « se limitent presque exclusivement aux tassements de retrait dus à l'influence desséchante des racines d'arbres ». Ce n'est donc pas un sol qui pousse sur la fondation, c'est un sol qui se rétracte en perdant son eau. Un grand arbre mature planté près d'un mur est un élément à relever au même titre qu'une gouttière mal orientée.